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Interview de Nicolas VANIER, par E.Fievet pour www.france-mushing.com
Nicolas
Vanier est un personnage incontournable du paysage francais, de
l’aventure, de la littérature qui y est liée et surtout
incontournable du monde du mushing, pour lequel il a vraiment fait une
belle promotion auprès du grand public. Si très peu de Francais
connaissent les noms des multiples champions de France, quelque soit la
catégorie, ou si personne ne connaît le vainqueur de la grande Odyssée,
tout le monde en revanche connaît Nicolas Vanier et ses exploits en traîneau
à chien. Qu’il soit seul, en
équipe ou en famille, avec
femme et enfant.
Cette intervie n’a pas pour but de refaire une biographie mais plus
d’aborder quelques épisodes de son
parcours et surtout la manière dont il voit son avenir et celui
du mushing en France.
L’interview s’est déroulée par téléphone pendant la Grande Odyssée
2009. Cela l’a rendue
vivante car, à maintes
reprises, Nicolas a dû s’interrompre au gré des départs, des
« musher-meeting » et des coupures de réseau sur le télésiège
qui le conduisait à la base polaire.
Mais toujours, à chaque appel, alors que j’avais peur de l’ennuyer
ou de le déranger, j’ai
trouvé quelqu’un de disponible, de très sympa et passionné…
Quelqu’un de très sensible aussi, quand il m’a parlé de la
victoire de Radek HAVRDA, tant il était touché, ému par ce musher
sans grands moyens et tant il était heureux pour lui. Pour moi cette
interview restera un immense souvenir… Un grand moment de bonheur.
France-Mushing : Au
cours de ta vie d’aventurier, d’écrivain, tu as touché un moment
donné à la compétition. Etait ce un passage obligé ? Le besoin
de te prouver quelque chose ? Ou juste l’envie d’essayer ?
Nicolas
Vanier : En fait, c’est un double hasard qui m’a amené à
prendre part à la Yukon Quest. Le premier, c’est cette portée entre
un Laïka de Sibérie, Otchum, et une chienne Groenlandaise. Elle a donné
des chiens endurants mais aussi relativement rapides. Le second de ces
hasards est la rencontre avec Franck Turner,(ndlr Mr Yukon Quest),
lorsque je suis arrivé à Dawson City en traîneau avec ma femme et ma
fille. Nous avons bien accroché… Le lendemain nous sommes partis
ensemble pour un run en traîneau sur le Yukon, à l’issue duquel, un
peu surpris par mes chiens, il m’a demandé pourquoi je ne tenterai
pas de faire la Yukon, me proposant de m’encadrer et de m’entraîner.
De fait j’ai topé car c’est une opportunité de se voir coaché par
l’un des meilleurs, sinon le meilleur de l’époque. Et puis grâce
à Franck et quelques autres j’ai appris énormément de choses, car
j’étais dans les expéditions, avec des traîneaux de 300kg, pas du
tout dans l’univers de la course.
FM : De cette expérience
de coureur que reste il ?
NV : Il m’en
reste de merveilleux souvenirs, car les course comme la Yukon Quest et
quelques autres courses que j’ai faites sont avant tout des aventures.
Comme j’ai l’habitude de faire les choses à fond, je me suis un peu
prêté au jeu… Sur la Quest 250 ou la Percy de Wolf, ça m’a donné
envie d’avoir les quelques km/h qui me manquaient pour rivaliser stratégiquement
avec les meilleurs…Car je pense que ce doit être fabuleux, de pouvoir
conduire un attelage capable d’être dans les 5 ou 6 meilleurs de ce
type de course, ce qui n’a jamais été mon cas.
FM : Tu avais, à
partir d’Otchum, développé un type de chien bien à toi. Où en
es-tu maintenant ? Qu’as-tu comme chiens ? As-tu cherché à
développer telle ou telle qualité spécifique ? Tu disais, à un
moment, que tes chiens, il leurs manquait quelques km/h ??
NV : J’ai bien sûr
gardé cette lignée là. Ce que j’ai effectué depuis, c’est que
j’ai croisé les meilleurs de cette portée avec des chiens de type
Alaskan, qui ont donné l’attelage avec lequel j’ai traversé il y a
deux ans la Sibérie. C’est l’attelage que j’ai actuellement et
que je compte encore une fois recroiser avec les chiens de type Alaskan
mais toujours typés nordiques, comme les chiens de Robert Sorlie que
j’ai sous les yeux en ce moment.
(ndlr Nicolas est à ce moment sur la ligne de départ de la Grande
Odyssée). Je veux quand même des chiens qui restent capables de
traverser la Sibérie, capables d’affronter des températures de –50°,
mais j’aimerai bien des chiens un peu plus rapides que ceux que j’ai
actuellement .
FM : Une question
que se posent beaucoup de mushers… Combien as-tu actuellement de
chiens ?
NV : J’ai
actuellement 16 chiens que je vais rapatrier en France au mois d’avril
et je compte attaquer l’année prochaine, la quatrième génération,
ça ne me rajeunit pas !!! (rires).
FM : Comment
sont-ils entraînés ? Par exemple avant de partir sur une expé ?
L’entraînement se fait-il au fil des jours ou y a t’il une longue
préparation en amont?
NV :
Non bien sûr, les chiens préparent l’hiver dès juillet ou août aux
heures les plus fraîches (ndlr pensez bien qu’il s’agit du Canada
!!) sur des petites distances de 5, 10, 15 kms pour arriver
progressivement à une distance de 80kms par run. Distance qui ne sera
jamais dépassée lors des entraînements. Ce qui va varier, ce sont les
temps de récupération…D’une ou deux heures à quelques jours pour
enchaîner ces runs. Quand ils peuvent accepter cela, c’est qu’ils
sont prêts. Ca, je l’ai appris au travers et grâce aux conseils de
Franck (Turner). Avant cela, au cours de mes expéditions, jamais on ne
dépassait 50/60 kms par jour ………..
FM : La seule vraie
grande course en Europe continentale est la Grande-Odyssée. L’idée
originale vient de toi. Comment et pourquoi a t’elle germée ?
NV : En fait,
c’est venu assez naturellement après avoir pris part à ces grandes
courses en Alaska et au Canada…
Et puis, il était temps pour moi de revenir vers ce que j’aime le
plus… C’est quand même la France et les Alpes que je connais bien
pour les avoir beaucoup parcouru dans ma jeunesse (ndlr Nicolas voudrait
il nous faire croire qu’il est vieux ??) Je savais aussi qu’à
travers ce qui s’était fait pour l’Alpirod, il y avait de quoi
offrir une grande course au public ; public qui répond présent…
Je crois que là, il y a 5 ou 6000 personnes devant moi ………. Et là
réponse à ta question, elle est là… devant moi… au travers de ces
enfants qui, avec leurs parents, vont avoir le bonheur de voir ces
chiens et ces mushers, partir traverser des espaces fabuleux.
FM : Sur la première
LGO, tu avais donné les départs de « l’Odyssée des enfants »
avec Fred Borgey (l’ex Président de la FFST) qui avait dit combien tu
t’étais passionné pour cette tache. C’est important pour toi ce
genre d’expérience ?
NV : Ca, c’est
quelque chose de très important. J’en parlais tout à l’heure. Il
faut absolument, maintenant que nous avons atteint en partie les
objectifs que nous nous étions fixés, remettre cette « Odyssée
des enfants » au programme pour l’année prochaine. L’avenir
du mushing passe, bien sûr, par l’amour du public pour les chiens,
mais aussi par les futurs petits mushers …………… Et aussi, par
une bonne uniformisation du monde du mushing. Il faut comprendre que
l’on est un petit monde, que l’on aime tous les chiens. Il faut arrêter
de s’envoyer des boulets et tous se tenir les coudes.
FM : Par la réalisation
d’LGO et par la dernière phrase, en réponse à la précédente
question. Tu montres que le mushing en France ne t’est pas indifférent.
As-tu déjà pensé, ou bien, as-tu été sollicité pour prendre part
activement à la vie fédérale, à la vie du sport de traîneau en
France?
NV :
Disons que, beaucoup de choses me reviennent sur ce qui se passe, sur
les problèmes du mushing en France, les antipathies …etc. Mais, petit
à petit, se dessine un paysage dans lequel apparaissent des personnes
intelligentes, des gens qui ont des responsabilités importantes dans ce
secteur, des gens qui aimeraient bien que le mushing soit un milieu, un
peu comme celui de la voile et des grands marins que je connais bien…
Un milieu où les gens se serrent les coudes et essayent de comprendre
leurs différences. On est peu de mushers et il n’y a pas une bonne
synergie, pas une très bonne ambiance. C’est
vrai que la Grande Odyssée est une belle réussite, en terme de
chiens de traîneau en France. Il est possible que cela donne des idées
à certains, mais pas forcément à moi… Par contre, si je peux aider
pour que ça devienne un milieu, où les gens se respectent et se
serrent les coudes, ce sera avec plaisir… Mais je n’ai aucune
ambition autre que de servir un sport et des gens que j’aime bien. Il
y a des problèmes et on
les connaît tous, on doit se serrer les coudes pour les résoudre
ensemble.
Je pensais, de par ta
proximité avec un autre grand nom du traîneau francais, Dominique
Grandjean, que vous auriez pu former un bon tandem, au sein d’une fédération,
pour faire bouger les choses ?
NV : Nous avons
déjà, je pense, au travers de la Grande Odyssée ou de film comme
« Le dernier trappeur » (diffusé en prime-time) fait en
sorte de faire aimer et découvrir les chiens. Ca profite à tous, à
pas mal de mushers professionnels qui s’accordent à dire avoir été
aidés, de façon indirecte ou pas, par la promotion du chien de traîneau
faite au travers de tout cela. Mon amitié avec Dominique Grandjean est
aujourd’hui profonde et sincère… Nous avons pour projet d’écrire
un grand et beau livre référence sur le chien de traîneau, mais comme
moi, il n’a pas d’ambition, pas d’ego, par rapport à tout ça. On
fait ça parce qu’on aime ça. Nous avons fait et faisons de gros,
gros sacrifices… Il ne faut pas oublier que Dominique, moi mais
d’autres aussi, sommes bénévoles… Nous y consacrons beaucoup de
temps, y mettons beaucoup d’énergie… D’argent aussi… On aime ça
et si on peut faire quelque chose pour que cela évolue favorablement,
ce sera avec plaisir.
FM : Concernant
l’avenir… Il n’est plus secret pour personne que tu vas être
l’acquéreur de « l’Echauda » à Vassieux en Vercors, la
commune française qui mise le plus sur le traîneau à chiens (avec La
Pesse). C’est un domaine déjà auparavant dédié au mushing pro et
à l’élevage dans un lieu que je qualifierai de magique. Quels sont
tes projets ?
NV : D’abord
ce n’est pas moi mais Alain et moi. Alain Brenichot, mon vieux
complice d’expédition, avec qui nous avons monté ce projet. Nous
avons décidé de rapatrier cette petite activité touristique que
l’on a au Canada (Le camp des Ecorces). J’y vois un double intérêt :
D’une part, le fait d’avoir mes chiens avec moi, va me permettre de
les voir plus, de les entraîner plus, de passer plus de temps avec eux
dans ce coin fabuleux du Vercors. La deuxième chose, c’est qu’il
faut appliquer à soi-même ce que l’on recommande aux autres… Cela
me gênait de devoir, sans arrêt, prendre l’avion pour aller voir mes
chiens. Cela se marie avec un projet que j’avais par ailleurs et qui
est d’offrir une vitrine pédagogique sur ce qui se fait de mieux en
matière d’écologie…Puisque dans ce camp, d’un bout à l’autre,
nous allons faire en sorte, d’avoir le moins d’empreinte écologique
possible. Que ce soit sur les déplacements comme sur tout le reste.
Tout sera étudié de A à Z. Nous faisons ça avec « prioriterre »
( http://www.prioriterre.org/)
, une ONG, qui rassemble des ingénieurs spécialisés dans tout ce qui
est photovoltaïque, récupération d’eau …etc.
Concrètement, les
gens qui viendront d’ici un an ou deux à « l’Echauda »
(car ça va prendre un peu de temps…) repartiront en sachant, comment
chez eux, concrètement, réduire l’empreinte écologique.
FM : Est ce que
l’installation à « l’Echauda » marque, en quelque
sorte, la fin des grandes expéditions de Nicolas Vanier ? Ou bien, as-tu d’autres projets d’expéditions ?
NV : De toute façon,
ma traversée de la Sibérie a mis fin à une longue période…près de
30 ans… où je partais un an sur deux, voire, 6 mois sur 12. J’ai
traversé l’Alaska, le Canada, la Laponie et la Sibérie dans tous les
sens… Il y a un moment où il faut mettre un terme à ces grandes expéditions.
Cela ne veut pas dire que ma vie avec le Nord est terminée, mais j’ai
envie de faire des choses plus pour moi… Ca veut dire, avec mes
enfants et avec mes chiens autour de « l’Echauda ». Et
puis il y a encore des endroits dans le Nord où j’ai envie d’aller,
mais plus simplement, sans que cela donne des films ou des livres. Si je
le fais, ce sera pour moi …(silence)……Le bon mot est… Discrètement…Oui…
C’est ça… Plus discrètement…
FM : Et
Nicolas Vanier, écrivain des projets ?
NV : Je viens de
finir le roman « Loups » dont l’adaptation va sortir au
cinéma. Et puis je prépare l’adaptation d’un roman écrit il y a
quelques temps « L’or sous la neige ».
Je rêve depuis
longtemps de faire un film sur la ruée vers l’or, avec tous ces
chiens, tous ces chevaux… Et là, il est fortement question que ce
film voit le jour après « Loups »… C’est déjà bien
avancé…
Sinon, j’ai un
livre en cours d’écriture, il va me prendre beaucoup de temps….
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