Interview de Thierry BLOCH
|
|
FranceMushing : Bonjour
Thierry, peux tu te présenter pour ceux, si il y en a, qui ne te
connaissent pas ? Thierry BLOCH : 55 ans, marié à Miriam, père de 2 filles Karine 27 ans et Julie 22 ans, moniteur de Ski Alpin puis depuis 1984, technicien en informatique dans une grosse boite américaine, puis licencié dans des conditions très favorables en juillet 2007. FM : Tu passes pour celui en France, qui est le meilleur technicien, celui qui connaît le mieux notre milieu, les chiens, les courses, ………. quel ton parcours dans le monde du traîneau à chiens ? TB : 1976 premiers chiens avec un Mala et un Groenlandais ; 1978 premières courses et premier français sur les courses suisses et allemandes bientôt rejoint par Monique Béné et Gilles Malaterre ; 1979 fondation du CPTC avec Miriam dans les Hautes Alpes puis 1ère AG lors de l’exposition de Paris en Juin 1979 avec l’arrivée au Comité de Yannick Belmont, Franco Mannato, Monique Bartolozzi, la vice-présidente du club de race de l’époque la RASCN, Gilles Malaterre, Monique Béné, Pierre-Philippe Oriet. Une lettre de demande de reconnaissance du sport au niveau du Ministère des Sports écrite à ma seule initiative vers 1982 aboutit en 1984 à l’Agrément Ministériel du CPTC. Lors de l’AG 84, cette initiative m’a été reprochée car porteuse d’une autre affiliation que celle à la SCC ainsi que le projet que j’avais avec Yannick Belmont de mettre en place une structure d’organisation de courses a conduit à ma démission de la présidence du CPTC. L’agrément faisait du CPTC une fédération de fait. Un débat s’est alors installé sur l’adaptation des statuts : une fédération de clubs plutôt que d’individuels a remporté le cocotier mais les statuts ont conservé les notions de 4 races nordiques, disposition qui portera en elle le germe de la formation d’une fédé ouverte à terme puisque les sports en Amérique du nord et Scandinavie étaient bâtis sur ces bases ; 1986 Championnat d’Europe au Fourgs avec l’apparition de quelques attelages d’Alaskans (Attla, Wright).... avec des vrais papiers de Sib. Prise de conscience de la nécessité d’ouvrir la FFPTC en commun accord avec la RASCN qui promouvrait les classements des races nordiques. Accord à l’AG de printemps, refus de l’AGE de Novembre qui devait entériner la modification des statuts. Fondation de la FFTP pour couvrir l’organisation des courses des clubs de montagne sur des bases ouvertes, puis radiation à vie de la FFPTC avec une charrette constituée de Dominique Grandjean, Bernard Pepin et quelques autres (Yannick Belmont, Michel Devernay pour 5 ans) La FFTP se renforce doucement, intègre la FF de Cross-Canins pour devenir la FFST, pose le diplôme pro (BFES), obtient l’Agrément puis la Délégation pour les sports de traineau, de ski-pulka et de cross-canins. Ensuite membre du comité de la FFST jusqu’en 2001, puis depuis 2006. D’un point de vue sportif, je m’alignais
avec un attelage de Groenlandais en
5 chiens puis en 3 chiens lorsque cette catégorie a été créée en étant
devant les Sib régulièrement jusqu’en 1983/84, puis débourrage des
jeunes Sib de Jacques Philip dans un attelage mixte alors qu’il
courrait sa 1ère Iditarod. Quant à Julie, avec une 3ème place au Championnat de France en 4 chiens au Grand Bornand en 2003, une année passée chez Christian et Maryse Taveau en Alaska où elle obtient, comme sa sœur aînée, une 2ème place aux championnat d’Amérique du nord en 4 chiens à Fairbanks en 2006 ainsi qu’ une 3ème place puis une 1ère place en 2005 et 2 fois 2eme à Todtmoos en 2008 et 2009. Elle monte en puissance depuis ces 2 dernières saisons avec une 4ème place au Championnat d’Europe 6 chiens en Suède en 2008 (à quelques secondes du podium), une victoire à Lenk .Cette année une saison vraiment excellente ponctuée par le titre de Championne de France en 6 chiens, cinq victoires et trois 2ème places. FM : Depuis un certain temps, tu ne cours plus ou de manière très épisodique, par contre tes filles, d’abord Karine puis maintenant Julie, comme nous l'avons vu, dans la précédente réponse, courent et gagnent, comment vis tu cette relève, cette vie de compétiteur par « procuration », es tu le coach, le co-entraîneur, le handler ou tout à la fois ou encore juste le papa, qui apprécie en connaisseur ?? TB : J’ai toujours tenu à ce qu’à partir du moment où elles courent, elles prennent aussi en charge une partie de la gestion du chenil et de l’entraînement dès qu’elles ont eu une maturité et la force suffisantes. Je me pose donc en tant que coach et handler, en leur laissant pas mal d’autonomie dans leur stratégie et initiatives tout en essayant de recadrer par un « Ne crois-tu pas qu’il faudrait mieux …. » lorsqu’il me semble que cela part un peu de travers. Mais je ne dois pas intervenir souvent à ce niveau. FM : En juin
2008, tu accèdes à la présidence de la FFST par intérim suite à la
démission de Fred BORGEY, et en novembre
tu deviens, à la suite d’une AG extraordinaire, Le Président de la fédération
délégataire, visais tu ce poste ou bien y as tu été, faute
d’autres volontaires et parce qu’il fallait sauver la fédération ? TB : La dernière fois que j’ai été président de la structure nationale, c’était en …1984. Dès 1985, la récupération de mes aptitudes physiques, puis du meilleur niveau sportif national en traîneau, puis de mon niveau en ski, ont pas mal occupé la famille et ont constitué des objectifs impérieux. Par contre, j’étais assez impliqué comme responsable traîneau au sein de la fédé. Après un break entre 2001 et 2006, lors duquel je me suis consacré au Traîneau Dauphinois puis à la Ligue Rhône-Alpes, j’ai été incité par Fred (ndlr : fred c’est Fred Borgey, ex président de le FFST) à revenir … aux affaires. Peut-être avait-il une idée derrière la tête. En tout cas, je n’ai jamais eu comme objectif l’idée de reprendre ce poste éminemment exposé. Je ne pense pas que la FFST était à sauver à la fin de la saison l’année 2008. Après quelques années où un certain dirigisme a été reproché à Fred, il a laissé la bride sur le cou aux élus de la fédé. On a pu à cette période se sentir un peu sans directives et cela a été ressenti comme si on était un radeau à la dérive. Les coups incessants portés par nos "amis", l’érosion de notre périmètre de délégation ainsi que l’interprétation qui en a été faite par les mêmes "amis" ont mis une chape de plomb sur la communication et les résultats de la FFST. Néanmoins en 2007, lors d’une saison à l’enneigement catastrophique, la FFST a maintenu de nombreuses courses et ses 2 championnats de France Neige. En 2008, un bilan également positif. Et je passe sur le BFES, sa refonte en DEJEPS ainsi que d’autres résultats à mettre à l’actif de la FFST. Pendant ce temps, aucune réaction quant à l’absence de course sur le circuit FFPTC en 2007, peu en 2008, pas de Championnat National Sprint pendant ces 2 années et j’en passe aussi. Nous avons très mal vécu cette différence de traitement et le manque d’objectivité du milieu envers notre action. Fort de ces observations et de leurs conséquences possibles, je me voyais mal sacrifier 30 ans d'investissement (qui furent aussi 30 années d'investissement de notre vie familiale), pour risquer éventuellement de ne plus pouvoir courir avec le type de chiens que l’on veut en France. Et puis avec le recul et la bouteille, c’est assez intéressant et amusant. FM : Depuis cette
prise de poste, as tu fais un état des lieux, à la FFST et du mushing
francais en général ? et ça donne quoi ? TB : Le sport, qui n’est pas bon marché, subit la crise et les disponibilités financières et professionnelles des pratiquants. D’où le renforcement des courses de plusieurs jours pour limiter les déplacements et faciliter la gestion des congés maintenant que les RTT deviennent de plus en plus une chimère. Il convient aussi de marteler que ce n’est plus le nombre de coureurs à une course qui fait sa qualité puisque le standard en matière de courses de week-end tourne désormais autour de 30 à 45 participants. Les éditions 2009 ont prouvé cette vérité. La dichotomie du sport entre la fédé fermée et ouverte devient ridicule, contre-productive en mobilisant le double de bénévoles, de bonnes volontés pour effectuer le boulot en double aussi. On pourrait espérer la même « intelligence » (au sens propre de travailler avec) au niveau du canicross tant les règlements techniques, administratifs ont des parties communes. Maintenant, les Alaskans, les Alaskans
scandinaves et les dérivés braques ou pointers dans le monde du traîneau
sont une réalité incontournable avec une légitimité historique au
moins aussi ancrée, pour certains d’entre eux, que les 4 races
« officielles » de
traîneau de la FCI. Je finirai avec l’immense satisfaction de la
filière pro avec un métier de moins en moins saisonnier pour 120
personnes qui ont du battre des records de chiffre d’affaire cette
saison si j’en juge par l’activité observée sur les sites. La
refonte vers le DEJEPS est bien sur les rails avec une vingtaine de
stagiaires dont certains seront diplômés en fin de saison et
constitueront, sauf erreur de ma part, les premiers DEJEPS en France. Je
remercie à cette occasion tous les protagonistes qui se sont impliqués
dans l’EFM, l’Ecole Française de Mushing et d’attelages canins. FM : Quelles
orientations, voudrais tu donner à la FFST, comme par exemple, redorer
le blason des courses hors-neige ? peux t’on espérer, revoir un
vrai calendrier terre, comme avant 2000, peut être en aidant les clubs
volontaires pour organiser ? TB : Pour qu’un axe d’activité soit vivace, il faut quelques locomotives qui entraînent un élan. En matière de hors-neige, nous avons des attelages, qui subissent eux aussi les conditions économiques et le peu d’organisations. Il y a eu en son temps Philippe Desmet (*) et on a du mal à retrouver un leader charismatique qui tirera cet aspect de notre discipline. Néanmoins, le Championnat de France Hors Neige à Carhaix avec la formidable équipe de Kerema a été un grand succès sur tous les plans et nous avons d’ores et déjà un site pour les titres 2010 (décernés en fin d’automne 2009) avec Pinatel dans le Cantal autour de l’ATCB et Antoine Lemoine. Je vois des organisations qui se mettent en place également et l’aide de la Fédé sera constante. On peut constater que la FFPTC est assez
performante sur cet axe et la logique voudrait qu’on puisse les
rejoindre et les renforcer sur leurs manifestations mais
il est des résistances irréductibles édictées au sommet de
cette docte association à moins que les clubs ne se décident enfin à
les bousculer, comme cela à déjà commencé de manière assez discrète
pour l’instant. * Ph Desmet, fut longtemps le moteur des courses hors-neige, entraînant dans son sillage tous les clubs du Nord de la France issus pour la plupart de de l'ex-FFCC (fédération francaise de cross-canin) qui unie à la FFTP à donné la FFST (voir plus haut) Philippe sera très dur à remplacé. Jusque vers 2002, c'était une bonne douzaine de courses terre au calendrier. Et en plus sur ces courses il y avait une super ambiance, de Paucourt, à Geugnon, Prénovel, toutes les courses du Nord, et les bretons ................. nostalgie, nostalgie
FM : la FFST a
parfois une image de fédération « élitiste » au sens
sportif du terme, ce qui n’est pas péjoratif, est il envisager de
faire revenir ou venir les gens plus axés sur une pratique plus
sport-loisir ? TB : J’ai vraiment été bluffé
par la qualité technique, d’approche, de l’esprit et du
comportement de l’ensemble des participants aux courses de la fédé délégataire
cette année. Le niveau global y est exceptionnel, l’approche
technique très propre, les soins et l’attention portés aux chiens
d’un niveau élevé sur l’ensemble du classement pratiquement du
premier au dernier. Ce sont
là des constantes qui doivent aussi irriguer le sport-loisir. Les
pratiquants sport-loisir (et ce n’est pas non plus péjoratif) en
venant sur les courses régulièrement ou plus épisodiquement profitent
de cet exemple et l’applique pour eux même lors de leur pratique plus
… solitaire. Je laisse à chacun le soin de répondre. FM : Ca c’est la question que beaucoup se posent, as tu pris ou tenté de prendre des contacts avec la FFPTC, pour parler rapprochement ? et puis bien sur, je pense à cette course de Cuvery, où sous l’impulsion d’Eric Leclercq, en accueillant la FFPTC vous avez sauvé leur championnat national ? Franco Mannato vous a t’il remercier en personne pour ce geste ? TB : J’ai écrit une lettre ouverte et visible sur www.ffstraineau.com au président Mannato dès l’annonce de la reconduction de la délégation pour 4 ans jusqu’à fin décembre 2012 pour : - lui annoncer cette importante nouvelle - reconnaître en sa structure un acteur historique et important du paysage français de nos sports - convenir d’une réunion pour étudier la manière dont nous allions appréhender ces 4 années sous délégation FFST - lui rappeler que si la plupart des coureurs de haut-niveau et les organisations de la FFPTC respectaient les prérogatives données à la fédé délégataire en matière de titres et d’Équipe de France, j’avais remarqué quelques rares cas qui les enfreignaient. - lui souhaiter ainsi qu’à son Comité et ses bénévoles les meilleurs vœux de succès pour la FFPTC Je n’ai reçu aucune réponse ni retour à mes vœux, qui étaient sincères, et il me semble que le délai de rigueur pour les personnes sensibles aux usages et aux bonnes relations est fixé au 31 janvier ! Je doute donc qu’Eric
Leclercq ait reçu des remerciements pour avoir effectivement sauvé le
Championnat national Sprint de la FFPTC qui aurait alors eu une probable
3ème saison sans. A l’inverse, la rumeur d’un bulletin de santé très alarmant sur l’état de la FFST divulgué par Franco me parvient régulièrement, relayé également par la FSLC. Il est vrai qu’avec la délégation, la formation DEJEPS dispensée par l’EFM, plus de 100 attelages au Championnat de France, 2 champions du Monde, 1 vice champion du Monde et un 3ème au même Championnat du Monde en illimitée en plus, de remarquables résultats aux championnat d’Europe Pure-race, des attelages sur la LGO et les courses mythiques de longue distance en Scandinavie une excellente saison, un excellent niveau global, une excellente ambiance, .... je vais de ce pas consulter pour la prochaine dissolution de la FFST ;-) . Je plaisante bien sur et tout n’est pas rose. Quant à parler de dissolution, je suis bien plus alarmé par l’action en cours, suite aux déboires de l’organisation du Championnat National au Semnoz. Le CMB, qui est un club parmi les plus importants en France avec 40 licenciés, qui est historique, organisateur de plusieurs courses majeures (Mieussy, Méaudre, Le Semnoz en son temps) risque de passer de vie à trépas. En termes de management des sports en France, cela me parait grave.
FM: Lors de la reconduction de la délégation, le ministère n'a plu retenu que les disciplines neige, sais tu pourquoi ? de ce fait un licencié d'une autre structure gagnant sur terre, le championnat national de sa fédé, peut il se proclamer champion de France, canicross par exemple? 1*,NDLR, je confirme, que nombre d'annonces reçues, par France-Mushing, sont mal libellée, il faut aller récupérer l'email dans les propriétés du message, les photos pèsent 1mo voire plus il faut retailler et recadrer, et ce que Th Bloch ne dit pas, mais qui est fréquent pour france-mushing, c'est le libellé des annonces, comme si c'était un du, une annonce payante, alors que france-mushing comme les sites fédéraux ne sont gérés que par des bénévoles, alors parfois penser un peu à eux, et un petit merci .............. 2*NDLR, là si tous les TPCCM, sont mis en ligne, quelque part c'est une mine d'or pour tous les mushers;, d'ailleurs si quelqu'un vend une collection complète je suis acheteur, car au-delà d'un esprit, cité dans la réponse de Th Bloch, il y avait de quoi lire et de quoi apprendre. FM : Tiens une étoile filante ! Quel est ton souhait immédiat au niveau de nos sports ?
Interview réalisée par E.FIEVET pour le site www.france-mushing.com , entre le 4 et 10 mars 2009. |